Le sacrement de confirmation en Bw – historique

Voici le texte de l’exposé donné en février 2019 dans le cadre des réunions des coordinateurs, prêtres et diacres accompagnateurs des pôles catéchèse du Brabant wallon.
Vous pouvez télécharger le document en pdf ainsi que le diaporama qui l’accompagne en pdf ou en vidéo.

Tout le projet du renouveau de la catéchèse en Brabant wallon et à Bruxelles est motivé par la question de la place du sacrement de la confirmation. En juin 2010, Mgr Léonard devient archevêque de Malines-Bruxelles. Déjà en 2005, il avait publié le livre Pastorale et catéchèse des sacrements. Impasses et perspectives[1]. En octobre 2010, il publie un édito dans la revue diocésaine Pastoralia intitulé « La pastorale de la confirmation ». Il y annonce ses intentions :

« Je souhaite vivement que ce soit un thème de réflexion et d’action, parmi d’autres, au cours des années qui viennent. Dès que seront nommés nos évêques auxiliaires [ce qui adviendra en avril 2011], je lancerai avec eux et les autres acteurs concernés une concertation à ce sujet. »[2]

Il donne deux raisons de ce désir : mieux vivre l’ordre normal de l’initiation chrétienne (Baptême-Confirmation-Eucharistie) qui respecte la nature des trois sacrements ainsi que renforcer la communion avec les orthodoxes qui respectent cet ordre. Il plaide pour une « juste perception de la confirmation » : c’est le don plénier de l’Esprit qui vient « sceller l’initiation chrétienne et accomplit l’incorporation à l’Église » :

« Loin d’être le sacrement du passage à l’âge adulte, la confirmation est le complément du baptême par lequel la configuration du chrétien au mystère pascal du Christ s’épanouit dans une donation permanente de l’Esprit. »

« C’est une interprétation récente peu fondée sur la tradition de l’Église que de considérer la confirmation comme un sacrement de l’engagement adulte, réservé à l’élite des volontaires. » La confirmation couronne le baptême « dont elle n’a d’ailleurs été séparée que pour des raisons d’ordre pratique liées à la personne de celui qui administre ce sacrement : l’évêque. » Or, elle « devrait idéalement être aussi large que le baptême et ne pas être réservée à une élite ». « C’est aller contre son sens premier que d’en faire la consécration d’un volontariat selon une logique qui pousse alors à la retarder systématiquement (16-18 ans). »

Pour saisir ces insistances actuelles, divergentes dans les faits de la pratique des dernières décennies, il est utile de faire un détour historique. En effet, les débuts de christianisme ne connaissent pas de mot « confirmation » : les convertis deviennent chrétiens en étant baptisés et en accédant à l’eucharistie après quelques années de préparation, qu’on appellera plus tard « catéchuménat ». Tout comme dans le récit du baptême de Jésus dans les évangiles, le rite ancien du baptême comporte les deux volets : le prêtre accomplit la triple immersion dans l’eau (baptême) qui est immédiatement suivie d’une onction accompagnée de l’imposition des mains par l’évêque (don de l’Esprit). Hippolyte de Rome au début du 3e siècle décrit le déroulement de la célébration[3] :

Au baptistère attenant à l’église :

  1. Dépouillement des vêtements
  2. Bénédiction des huiles par l’évêque
  3. Renonciation à Satan suivie de l’onction d’huile d’exorcisme faite par le prêtre
  4. Triple interrogation de foi et triple immersion + onction d’huile d’action de grâces faite par le prêtre
  5. Les baptisés se rhabillent et entrent dans l’église

À l’église[4] :

  1. L’évêque impose la main, invoque l’Esprit Saint[5], donne l’onction d’huile, signe le baptisé au front puis lui donne un baiser de paix.
  2. Les baptisés oints rejoignent la communauté rassemblée et célèbrent ensemble l’eucharistie.

Il y a donc aussi tout un déplacement spatial qui signifie l’entrée dans l’Église : depuis le baptistère en dehors de l’église (ou plus tard au fond, on en a des traces dans les églises médiévales), à l’entrée de l’église et vers le chœur.

L’onction – ou chrismation de chrisma, huile en grec – est le rite qui achève (dans les deux sens : il porte à sa plénitude et il clôture) le baptême. Le terme « confirmation » pour cette onction n’apparaîtra qu’au milieu du Ve siècle. Elle est du ressort de l’évêque, en tant que successeur des Apôtres qui les premiers ont reçu et transmis l’Esprit Saint par l’imposition des mains (cf. Ac 19,6 [Paul à Éphèse] ; 8, 14-17 [Pierre et Jean en Samarie])[6]. Le rite de l’imposition des mains, essence de la confirmation, sera conservé par l’Église occidentale. « Bientôt on vit apparaître un second rite, celui de l’onction du saint-chrême sur le front du confirmand. La chrismation qui s’ajouta à l’imposition des mains en Occident, se substitua à elle en Orient. »[7]

La chrétienté se répandant hors les villes, le déroulement de la célébration de l’initiation chrétienne se complexifie. Les Occidentaux, attachés au fait que le don de l’Esprit nous parvient depuis les apôtres par leurs successeurs, les évêques, vont réserver l’onction du chrême à l’évêque[8]. On met ainsi en lumière la relation du sacrement avec la Pentecôte : « c’est un successeur des Apôtres qui confère le Saint-Esprit et, en tant que responsable de l’Église locale, confirme l’insertion du chrétien dans le communauté ecclésiale »[9]. Donc concrètement, à partir du VIe siècle, on autorise les prêtres à baptiser et faire communier et on demande aux fidèles de patienter jusqu’au passage de l’évêque dans leur paroisse pour être confirmés. Par ailleurs, à partir du XIIe siècle, on préconise la communion dès l’âge de la raison (situé alors entre 10 et 14 ans), ce qui fait que depuis huit siècles l’ordre des sacrements de l’initiation chrétienne en Occident est perturbé : Baptême-Eucharistie-Confirmation.

Le XXe siècle redécouvrira (grâce aux trouvailles archéologiques entre autres) des témoignages des célébrations de l’initiation chrétienne des premiers siècles. Cette redécouverte poussera le Concile Vatican II à restaurer le catéchuménat[10] (c’est-à-dire un cheminement par étape vers le baptême) et aussi à demander la révision du rite de la confirmation : « Le rite de la confirmation sera révisé aussi pour manifester plus clairement le lien intime de ce sacrement avec toute l’initiation chrétienne. »[11] Ainsi, suite à cette injonction, dans les rituels du baptême publiés dans les années ‘70, si la confirmation n’a pas lieu en même temps que le baptême, après le baptême dans l’eau et avant la remise du vêtement blanc, le prêtre fait une onction du Saint-Chrême – sur la tête, pas sur le front – qui annonce la confirmation ultérieure. Si la confirmation suit le baptême, cette onction est omise et le rite de confirmation a lieu après la remise de la lumière.

Un dernier point : le saint-chrême. Dans le récit des Actes des Apôtres, le fruit du don de l’Esprit, c’est la nouvelle communauté des croyants qui se forme. Saint Irénée paraphrasera : « Là où est l’Église, là est l’Esprit de Dieu. » Dans le Credo, nous confessons ainsi d’une traite notre foi en l’Esprit Saint et dans l’Église qu’il suscite. Les deux caractéristiques propres au don de l’Esprit : la transmission depuis les Apôtres et la constitution de la communauté, sont bien visibles dans la Messe chrismale célébrée normalement le matin du jeudi saint. C’est une messe particulière, censée rassembler tout le peuple de Dieu d’un diocèse. C’est en présence de tout ce peuple que l’évêque du lieu (et lui seul) consacre le saint-chrême[12]. Il y a un rite facultatif dans la consécration du saint-chrême qui exprime très bien ce que je viens de dire : l’évêque souffle sur le vase contenant le mélange d’huile et de parfum[13] avant de procéder à sa consécration. Contrairement à l’huile des catéchumènes et l’huile des malades qui sont bénies, le saint-chrême est consacré. On pourrait dire que les deux premiers sont des « porteurs » de la bénédiction de Dieu[14], alors que le dernier est « porteur » du Saint-Esprit. Le rite de la consécration se rapproche par certains aspects de la consécration du pain et du vin dans la messe. Les prêtres présents à la messe chrismale étendent la main droite vers le chrême, avec l’évêque. Ensuite, une des deux prières de consécration dit : « Aussi, nous t’en supplions, Seigneur, sanctifie et bénis cette huile, et, par la puissance de ton Christ à qui elle emprunte le nom de saint chrême, pénètre-la de la force de l’Esprit Saint… »[15].

Pour terminer et aiguiser votre appétit je vous cite un savoureux passage du Concile de Trente qui défend la confirmation en tant que sacrement :

« 1. Si quelqu’un dit que la confirmation des baptisés est une cérémonie vaine et non pas plutôt un sacrement véritable et proprement dit, ou qu’elle ne fut autrefois rien d’autre qu’une catéchèse, par laquelle ceux qui approchaient de l’adolescence rendaient compte de leur foi en présence de l’Église : qu’il soit anathème[16]. »[17]

[1] André-Mutien LÉONARD, Pastorale et catéchèse des sacrements. Impasses et perspectives, éd. Anne Sigier, 2005.

[2] Effectivement en juin 2011 le Service de la catéchèse du Bw a rendu au nouvel évêque auxiliaire, Mgr Jean-Luc Hudsyn, son avis sur la proposition contenue dans le livre publié en 2005.

[3] Michel DUJARIER, L’Initiation Chrétienne des Adultes, Abidjan, 1983, p. 110.

[4] Chaque ministre a son rôle propre : le prêtre fait les onctions, le diacre descend baptiser dans l’eau : « Chacun après s’être essuyé se rhabillera et ensuite ils entreront dans l’église. L’évêque en leur imposant la main dira l’invocation : Seigneur Dieu qui les as rendus dignes d’obtenir la rémission des péchés par le bain de la régénération, rends-les dignes d’être remplis de l’Esprit Saint [et) envoie sur eux ta grâce, afin qu’ils te servent suivant ta volonté ; car à toi est la gloire. Père et Fils avec l’Esprit-Saint, dans la sainte Eglise maintenant et dans les siècles des siècles. Amen. Ensuite en répandant de l’huile d’action de grâces de sa main et en posant (celle-ci) sur la tête, il dira : Je t’oins d’huile sainte en Dieu le Père tout-puissant et dans le Christ Jésus et dans l’Esprit-Saint. Et après l’avoir signé au front, il lui donnera le baiser et dira : Le Seigneur (soit) avec toi. Et celui qui a été signé dira : Et avec ton esprit. Il (l’évêque) fera ainsi pour chacun. » Hippolyte de Rome, Tradition apostolique, 3e siècle.

[5] « Voici que les baptisés ont reçu l’onction : ils sont marqués désormais du signe sauveur de la croix de ton Fils unique (…). Régénérés et renouvelés par le bain de la nouvelle naissance, qu’ils participent aussi aux dons de l’Esprit Saint, et, confirmés de ce sceau, demeurent fermes et inébranlables (…). Euchologue de Sérapion, IVe siècle.

[6] Innocent III en 1206 : « Par chrismation du front, on désigne l’imposition des mains qui porte également le nom de confirmation, parce que par elle l’Esprit Saint est donné en vue de la croissance et de la force. C’est pourquoi si le simple prêtre, ou presbytre, peut procéder à d’autres onctions, celle-ci ne doit être conférée que par le grand prêtre, c’est-à-dire l’évêque, car c’est des seuls apôtres, dont les évêques sont les vicaires, qu’il est dit qu’ils donnent l’Esprit Saint par l’imposition des mains Ac 8,14-25. » dans Denzinger 1996, http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/index3.htm, consulté le 5 février 2019.

[7] Pierre JOUNEL, La célébration des sacrements, Desclée, Paris, 1983, p. 263.

[8] Innocent 1er en 405 dans une lettre à l’évêque de Gubbio : « Pour ce qui est de la confirmation des enfants, on sait qu’elle ne doit pas être faite par un autre que l’évêque. Les presbytres en effet, bien que prêtres du second rang, n’ont pas le degré suprême du pontificat. Que ce pontificat revienne seulement aux évêques, pour qu’ils consignent ou transmettent l’Esprit Paraclet, non seulement la coutume de l’Eglise l’atteste, mais également ce passage des Actes des Apôtres qui rapporte que Pierre et Jean furent envoyés pour transmettre l’Esprit Saint à ceux qui étaient déjà baptisés (voir Ac 8,14-17). Aux presbytres en effet il est permis, lorsqu’ils baptisent soit sans l’évêque, soit en présence de l’évêque, d’oindre les baptisés de chrême, mais qui aura été consacré par l’évêque ; mais non de signer le front avec cette même huile, ce qui revient aux seuls évêques lorsqu’ils transmettent l’Esprit Paraclet. » dans Denzinger 1996.

[9] Pierre JOUNEL, La célébration des sacrements, Desclée, Paris, 1983, p. 265.

[10] Concile Vatican II, Sacrosanctum concilium. Constitution sur la liturgie, n° 64.

[11] Concile Vatican II, Sacrosanctum concilium. Constitution sur la liturgie, n° 71.

[12] Concile de Tolède au début du Ve siècle : « il a été décidé néanmoins qu’à partir de ce jour aucun autre en dehors de l’évêque ne consacre le chrême. » dans Denzinger 1996, http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/index3.htm

[13] « La croix est imprimée avec l’onguent, et l’onguent, dont on se sert, est fait d’huile et de myrrhe : de myrrhe, parce qu’il s’agit d’une jeune épouse, et d’huile, parce qu’il s’agit d’une athlète. » Jean Chrysostome, 3e catéchèse baptismale, IVe siècle.

[14] Bénédiction de l’huile des malades : « Que cette huile devienne ainsi l’instrument dont tu te sers pour nous donner ta grâce, au nom de Jésus Christ, notre Seigneur. »

[15] À comparer : « sanctifie pleinement cette offrande par la puissance de ta bénédiction… », 1e prière eucharistique.

[16] Excommunié.

[17] Concile de Trente can. 1628 dans Denzinger 1996, http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/index3.htm

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